À Poitiers, dialogue de sourd entre les jeunes et leur secrétaire d’État

« Il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine ! »
Sarah El Haïry, secrétaire d’État

C’est ce qu’on appelle un rendez-vous manqué. Après trois jours d’échanges et de débats intenses, sur le thème de « La place des religions dans la société », les 130 adolescents venus de toute la France, rassemblés du 20 au 22 octobre au lycée Isaac de l’Étoile, à Poitiers – à l’initiative de la Fédération des centres sociaux –, espéraient engager un dialogue de fond avec Sarah El Haïry, secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement. Celle-ci était venue tout exprès de Paris pour les rencontrer à l’issue de leurs travaux et pour écouter ce qu’ils avaient à lui dire.[…]
Les paroles prononcées sont directes et sans filtre. Mais au moment où l’un des adolescents évoque « les violences policières » et les contrôle au faciès dont certains s’estiment victimes, la ministre se lève d’un bond, n’hésitant pas à l’interrompre pour lui expliquer qu’« il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine ! ». Malaise dans la salle.

« Je ne peux pas laisser dire ça ! », répond Sarah El Haïry, s’emparant aussitôt du micro. La secrétaire d’État se lance alors dans un cours d’éducation civique et morale autour de la loi de 1905 : « La République protège ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Elle apprend aux jeunes à être des citoyens libres. Dans notre pays, c’est la liberté, l’égalité et la fraternité, en tout temps et en tout lieu. Notre jeunesse doit faire vibrer les valeurs républicaines partout. De la même manière que la police nous protège, l’école nous instruit. » Des propos loin de faire l’unanimité parmi les adolescents, incrédules, qui ont l’impression de ne pas être entendus. « Mais qu’est-ce que c’est que ce catéchisme qu’elle vient nous débiter ? », souffle discrètement l’un d’entre eux.

La laïcité protège-t-elle les mineurs ?

« Je connais des personnes croyantes qui subissent de nombreuses discriminations autour de moi, à cause de leur religion, parce qu’elles portent un signe religieux ou parce qu’elles respectent des règles alimentaires, commente Tina en aparté. Moi, comme athée, je n’ai jamais été discriminée. C’est pour ça que je veux défendre mes copines croyantes parce qu’elles n’ont pas toujours les moyens de se défendre elles-mêmes. Même si c’est très intime, les croyances, c’est important d’en parler. D’ailleurs, si on parlait davantage au lycée, je pense qu’il y aurait moins de violence et moins de haine. En tout cas, ici, j’ai appris plein de choses. »

« Les adultes croient qu’on se hait entre nous parce qu’on est différents, mais c’est tout le contraire », s’insurge Laounia, 17 ans, élève en classe de première, à Périgueux.

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Image MARTA NASCIMENTO

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