« C’est le côté “parole sacrée” de l’État, on ne peut pas, même en tant que média, on ne peut pas ne pas croire ce que dit le ministre », fake news, embarrassant miroir

Si la prolifération des fake news inquiète tant les pouvoirs publics, c’est qu’elle est devenue le schème explicatif de tous les comportements jugés déviants ou immodérés : de l’élection de M. Donald Trump au Brexit, en passant par la défiance à l’égard des médias dominants et le mouvement des «gilets jaunes». […] «Les discours sur les fake news renvoient à l’antagonisme, réitéré sous de multiples formes dans la vie politique, entre savants et ignorants. Les savants, qui s’inquiètent de l’influence des fake news sur le comportement des individus, sauraient distinguer le vrai du faux ou tout au moins faire preuve d’esprit critique, tandis que les ignorants en seraient peu pourvus, croiraient les informations mensongères et agiraient sous leur influence. Ces types de discours relèvent de (…) l’antidémocratie, où ceux qui gouvernent dénient à ceux qui sont gouvernés la capacité de prendre des décisions qui les concernent », écrivent les chercheurs Lionel Barbe et Marie-Noëlle Doutreix. Suite aux vives réactions suite à la mise en place par le gouvernement d’un outil de débusquage de fake news sur le site du ministère basé sur des articles de presse, Le Monde n’écrivait-il pas, sans rire, que le combat contre la désinformation «tient à cœur à Emmanuel Macron (6) »?.[…][Source Image : The Belfast Telegraph]

À la suite de la manifestation du 1er mai 2019, les déclarations du ministre de l’intérieur Christophe Castaner sur une prétendue attaque de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière par des manifestants a été largement reprise par les médias traditionnels. Or ces faits n’ont jamais eu lieu. Sur France Info, le journaliste Nicolas Teillard avançait cette justification : «C’est le côté “parole sacrée” de l’État, on ne peut pas, même en tant que média, on ne peut pas ne pas croire ce que dit le ministre. »(extrait isolé par Les Crises sur Youtube)

Démocrates new-yorkais et technocrates européens ont trouvé dans les médias dominants l’allié naturel pour guerroyer contre le «populisme» informationnel que constituent à leurs yeux les fake news. Les uns et les autres jugeant les sociétés libérales aussi apaisées, satisfaites et unies qu’ils le sont eux-mêmes, tout propos susceptible d’«exacerber la polarisation» doit tomber sous le coup de la loi. Cette fusion du pouvoir et du contre-pouvoir a pris en mai dernier une forme cocasse quand le site Internet du gouvernement français recommandait la lecture d’articles du Monde ou de Libération pour tordre le cou aux fausses rumeurs sur l’épidémie de Covid-19, au point d’embarrasser les bénéficiaires de cette publicité intempestive. Des législations anti-infox votées en France ou en Allemagne, des éditoriaux du New York Times et du Guardian suinte un même ensemble de certitudes : les grandes entreprises journalistiques détiennent le monopole de la vérité; les critiquer, c’est attaquer la démocratie. Car comment croire encore à leur fable?Les faux charniers de Timişoara (1989), les bobards de la guerre du Kosovo (1999), les mensonges de la guerre du Golfe (2003), le dénigrement médiatique des mouvements sociaux, la négation des violences policières, les faux scoops érigés en révélations furent relayés par les plus prestigieux organes journalistiques. Plus puissantes qu’une armée de «bots» chinois, les chaînes d’information en continue en quête d’audience et les algorithmes de Facebook avides de clics sont les usines à fake news officielles de nos sociétés si éprises de vérité

Source Le Monde Diplomatique, «Désinfox», embarrassant miroir et L’effet boomerang

2 commentaires

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