Joe Biden va t-il arrêter la guerre au Yémen ?


Que Barack Obama ait été en accord avec les buts de la guerre ou qu’il ait aidé les Saoudiens au Yémen comme une manière simple de les apaiser alors qu’ils étaient nerveux à propos de ses relations avec l’Iran, l’ancien président a prêté une assistance militaire cruciale aux armées saoudiennes depuis le début, particulièrement en ce qui concerne les avions. Cette assistance s’est accrue sous l’administration Trump qui, loin d’apaiser les Saoudiens, a été largement d’accord avec eux pour brutaliser le Yémen afin de faire un marché contre l’Iran, au vu de ses relations avec les Houthis.


L’asservissement personnel et professionnel de Donald Trump à la monarchie Saoudienne l’a également motivé à accepter les excès cruels de l’Arabie Saoudite à un degré encore plus grand que les précédents présidents Etats-uniens. Le soutien États-unien a été crucial pour le maintien de la campagne Saoudienne; l’arrêt de ce support forcerait certainement les Saoudiens à freiner fortement leurs efforts et à trouver une solution diplomatique pour l’arrêt de la guerre.

Durant la campagne électorale, le candidat Biden a pris une position sans ambiguïté, très surprenante, sur la relation entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, menaçant d’arrêter les ventes d’armes aux Saoudiens, et dans un débat pour la primaire démocrate, il a promis de « faire d’eux… les pariah qu’ils sont ». La campagne de Biden a indiqué à plus d’une occasion que le candidat était opposé à l’engagement américain au Yémen.

En général, le discours à propos du la guerre au Yémen au sein du parti démocrate a changé, avec maintenant plusieurs anciens fonctionnaires sous Obama argumentant, quoi que trop peu et trop tard, que les Etats-Unis devraient quitter le conflit. Même le Congrès est clairement opposé à la guerre de façon bipartisane, passant une résolution l’année dernière qui aurait terminée l’engagement Etat-unien au Yémen si Trump n’avait pas mis son veto.

On sait que Joe Biden dit qu’il est opposé à la guerre au Yémen et qu’il aura bientôt le pouvoir de la terminer. Va t-il le faire ?

Sa rhétorique de campagne écartée, il n’y a rien dans le passé de Biden, en tant que l’une des figures du parti démocrate sur la politique étrangère Etat-unienne au Sénat puis en tant que vice président, qui puisse suggérer qu’il changera fondamentalement la relation entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. Les Saoudiens ne le pense pas non plus.

Mais terminer l’engagement Etat-unien au Yémen est une étape moins grande. Si le Congrès passe une autre résolution, terminant la guerre qui a appauvri des millions de Yémenis ne requerrait plus que la signature de Biden. Si le Congrès ne le fait pas, Biden pourrait arrêter l’engagement Etat-unien dans son entièreté ou presque par une action exécutive.

Et ici aussi, le passé de Biden et la nature de l’administration qu’il est vraisemblablement en train de former doit nous amener à nous questionner. Quoi que Biden fasse ou ne fasse pas au Yémen, la responsabilité sera la sienne. Contrairement au plan d’Obama de fermer la prison de Guantanamo, Biden ne pourra pas accuser le Congrès pour sa propre incapacité à agir.

L’état d’esprit du président élu Biden n’est bien sûr pas le seul facteur à considérer. Il aura sans doute à faire face à des pressions des gouvernements Saoudien et Emirati, du gouvernement Israëlien et des groupes d’intérêts à Washington pour maintenir voire même accélérer la campagne de pression maximale visant l’Iran.

La guerre au Yémen continue d’être vue par certains comme un élément clé de cette campagne. La folie de cette façon de penser est évidente, puisque cinq ans d’atrocités au Yémen n’a pas affecté le gouvernement Iranien d’une manière signifiante. Mais nous ne savons pas encore si Biden sera aussi susceptible aux pressions que Obama semble l’avoir été.

Nous ne savons pas non plus si les démocrates, qui ont découvert le Yémen soudainement lorsque Trump a été élu, vont continuer à faire pression sur la nouvelle administration pour un retrait, ou si maintenant qu’un démocrate est de retour à la Maison Blanche, ils vont de nouveau ignorer le Yémen comme tant l’ont fait durant les années Obama.

Même si Biden a l’intention de suivre ses déclarations initiales sur le Yémen, on ne sait pas s’il voit la fin de cette guerre comme une priorité. La crise que des membres de l’ONU ont décrit est très juste, un délai supplémentaire pourrait être aussi dévastateur qu’une inaction complète. Le temps a été l’élément essentiel au Yémen pour cinq ans. Le peuple Yémeni ne peut pas attendre plus longtemps. Est-ce Biden va reconnaître cela et agir de manière adéquate ? Nous connaîtrons la réponse peu de temps après qu’il soit en poste.

Une nouvelle présidence offre une chance d’effacer et de reconfigurer la politique étrangère. Cela peut prendre des mois, voire plus, pour que la politique étrangère d’un président s’applique pleinement. Mais dans ce cas, Joe Biden et son administration feront face à un test de caractère et d’intention immédiat.

On sait ce que le président élu a dit à propos de terminer la guerre au Yémen. Les seules questions restantes sont va t-il le faire et si cela sera une priorité pour lui. Les réponses à ces questions nous diront beaucoup à propos de quelle politique étrangère Biden va appliquer.

Traduit par Extrait de Presse, article original de Jacobin Mag, Derek Davison
Source image Jacobin Mag, Gage Skidmore / Flickr

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