Un procureur progressiste fait face à la police de Portland

Le nouveau procureur de Portland a indiqué qu’il ne poursuivrait pas la plupart des manifestants. Mais la police à continuer à en arrêter.

Quand Mike Schmidt a pris place en tant que procureur du Comté de Multnomah, Portland connaissait des manifestations depuis deux mois, qui continuent jusqu’à ce jour. Schmidt, un progressiste qui a gagné de manière écrasante dans un Comté incluant Portland, devait prendre son poste en janvier 2020, mais son prédécesseur a annoncé qu’il prendrait une pré-retraite durant les manifestations. Au moment de sa prise de poste, 550 personnes, incluant des journalistes, des observateurs juridiques, et de nombreux manifestants pacifiques, avaient été arrêtés durant les confrontations nocturnes avec la police, la majorité pour des faits non-violents.

La pandémie et l’augmentation des crimes violents avaient déjà enlisé les tribunaux, et la plupart des arrêtés devaient attendre plusieurs mois pour leurs auditions. Le 11 août, dix jours après le début de son mandat, Schmidt a annoncé que son cabinet refuserait de poursuivre les manifestants pour la majorité des charges pour lesquelles ils étaient arrêtés, incluant les intrusions criminelles, les troubles à l’ordre public et les entraves aux actions policières. Les procureurs pourraient également refuser de poursuivre les personnes accusées d’émeutes, un crime, à moins que ça ne soit accompagné de charges plus sévères. Son cabinet se concentrera plutôt sur les accusations plus graves, telles que les dommages sur la propriété, le vol, l’usage de la force.

« Il y avait une considération très pratique que les affaires non violentes obstrueraient le système, donc concentrons-nous sur ce qui est vraiment important. J’ai à alloué un nombre fini de ressources, je veux les mettre dans des affaires qui vont avoir un impact positif sur la sécurité publique », Schmidt m’a dit lors d’une interview. « Ce sont nos voisins, qui sont préoccupés par ce qu’ils perçoivent comme injuste dans le système judiciaire. Il n’y a pas de raison de sécurité publique à les poursuivre ».

Mais il y avait une considération plus fondamentale en jeu, selon Schmidt. Les manifestations de Portland sont arrivées au milieu d’une considération historique pour le racisme systémique dans ce pays, et le système judiciaire a eu droit à un examen minutieux. Dans de nombreux états, les fonctionnaires ont augmenté les condamnations des manifestants arrêtés, en les poursuivant parfois pour crimes, et dans certains cas pour terrorisme. « Être dans le système qui est le plus critiqué, et avoir la possibilité d’utiliser ce système pour arrêter les personnes le critiquant est un conflit d’intérêt intrinsèque » m’a dit Schmidt. « Il semblait que dans certaines des arrestations avaient le potentiel de réduire la liberté d’expression, et nous voulions être sûrs de ne pas en être complices ».

Nathan Howard/Getty Images

Bobbin Singh, le directeur exécutif de Oregon Justice Resource Center, un groupe de droits civiques, a noté que la plupart des charges liées aux manifestations sont embourbées dans le système judiciaire pour plusieurs mois avant d’être retoquées ou que les procureurs perdent au procès.

Mais la police a rapidement condamné la position de Schmidt. Dans un communiqué, le chef de la police de Portland, Chuck Lovell, a indiqué que cette nouvelle politique « ne change pas la loi ». « Que le procureur décide de poursuivre les cas que nous lui envoyons ou non est de ressort », ajoute Lovell. « La police de Portland continuera à faire le travail que la communauté attend », «fais ton boulot » a dit le président du syndicat local de la police à Schmidt.

Dans les rues, la police ignore cette politique et continue d’arrêter des gens, souvent violemment, dédiant son temps à mettre des manifestants en détention et à leur ajouter des charges qui ne seront pas poursuivies. Avec l’augmentation récente de la violence, particulièrement suite à la venue de groupes d’extrême-droite, la police se fait moins présente, « intentionnellement, pour donner l’impression que Mike créé une zone de non-droits ».

Des manifestants pacifiques ont noté que la police a augmenté la répression, les arrêtant plus violemment et les chargeant de manière indiscriminée pour émeute, en plaçant leur frustration de la politique de Schmidt contre les manifestants.

Lors d’une rencontre, un policier lui a dit « Je ne crois par ce que vous dites ou faites parce que vous êtes un antifa », tandis que le président du syndicat de police locale l’a accusé d’être « soutenu par George Soros ».

Schmidt a dit qu’il était ironique de la part de la police de l’accuser de poursuivre les infractions mineures de manifestants pacifiques tandis qu’ils ignoraient celles commis par des suprémacistes blancs armés.

Traduit partiellement de l’article d’Alice Speri de The Intercept

Légende Paula Bronstein/AP

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