Violences policières dans le 19e arrondissement de Paris : des enregistrements qui accusent

Après le floutage des images de policiers, la majorité devra-t-elle imposer le voilage de leurs voix ? Mediapart publie les enregistrements qui prouvent des violences policières au commissariat du XIXe arrondissement de Paris, racontées dans le livre d’un journaliste infiltré, Flic

Street Press a réuni plusieurs témoignages de gardés à vue dans ce même commissariat du 19e arrondissement de Paris:

Témoins et victimes racontent à StreetPress de très longs passages à tabac en groupe sur des individus entravés. Des scènes qu’ils qualifient de « torture », entrecoupées d’insultes à caractère raciste et de menaces de mort.

« J’étais menotté, les bras écartés et ils tapaient, tapaient. C’est de la torture. » Attablé dans la cour de StreetPress, Moha bute sur les mots au moment de raconter son histoire. Cet Algérien de 37 ans a été violemment tabassé par des policiers du 19ème arrondissement de Paris, dans la nuit du 7 au 8 juillet 2020, après un délit. « Je n’ai jamais reçu autant de coups et d’insultes. Pourtant j’en ai fait des gardes à vue, mais celle-là c’était violent », soupire-t-il. Quelques mois après les faits, il se souvient avoir reçu « entre 30 et 40 coups » de poing et de pied dans le ventre ou le torse, ainsi que des gifles.[…]

Il est environ 20h35 quand ils arrivent au commissariat de la rue Erik Satie. Moha est menotté par la main droite à un banc. « Ils prennent mon casier judiciaire et sortent toutes mes histoires. Ils se moquent, m’insultent et me provoquent. Un m’a dit : “Quand j’aurai fini de m’occuper de toi, ta mère ne te reconnaîtra pas”. » À chaque fois, Moha répond. À chaque fois, il se prend des gifles et des coups de poing dans la tête. Selon lui, huit policiers l’ont frappé. L’un d’eux lance : « Putain, j’ai envie de le tuer. » Moha lui intime de venir. Le pandore s’approche et lui décoche à nouveau « trois violents coups de pied dans les côtes ». Les bleus trouvent également, grâce à ses antécédents judiciaires, le prénom de sa mère et l’utilisent pour le provoquer. […]

Par Mathieu Molard , Christophe-Cécil Garnier

Témoins et victimes racontent à StreetPress de très longs passages à tabac en groupe sur des individus entravés. Des scènes qu’ils qualifient de « torture », entrecoupées d’insultes à caractère raciste et de menaces de mort.

« J’étais menotté, les bras écartés et ils tapaient, tapaient. C’est de la torture. » Attablé dans la cour de StreetPress, Moha bute sur les mots au moment de raconter son histoire. Cet Algérien de 37 ans a été violemment tabassé par des policiers du 19ème arrondissement de Paris, dans la nuit du 7 au 8 juillet 2020, après un délit. « Je n’ai jamais reçu autant de coups et d’insultes. Pourtant j’en ai fait des gardes à vue, mais celle-là c’était violent », soupire-t-il. Quelques mois après les faits, il se souvient avoir reçu « entre 30 et 40 coups » de poing et de pied dans le ventre ou le torse, ainsi que des gifles.

Il n’est pas le seul à dénoncer des violences policières subies la nuit, au sein du commissariat du 19ème arrondissement de Paris. StreetPress a pu recueillir la parole de plusieurs gardés à vue qui témoignent de scènes d’une extrême brutalité. Des passages à tabac en groupe sur des individus entravés, entrecoupés d’insultes à caractère raciste et des menaces de mort. Mediapart a, de son côté – avec l’aide du journaliste Valentin Gendrot, auteur d’une infiltration de six mois dans ce même commissariat –, documenté d’autres violences, commises la journée cette fois, et des faux témoignages. Nous avons décidé de coordonner la sortie de ces deux enquêtes.

Moha est un homme plutôt maigre au visage cerné. Ce trentenaire est passé de l’Allemagne à la banlieue parisienne à 15 ans. Il ne cache pas que ses conneries l’ont amené en prison. Il a été expulsé en 2012 vers l’Algérie, qu’il a quitté avec sa famille – naturalisée Française – à sept ans. Depuis, il est revenu dans l’Hexagone et milite « tous azimuts » pour Le Paria, une asso qui lutte contre toute forme d’exclusion. Il a couché son histoire par écrit avec l’anthropologue Laurent Bazin dans le livre Le retour du refoulé.

À l’été 2020, Moha habite un petit studio dans le 19ème, « près de Botzaris », trouvé durant le confinement avec son travail de cuisto vacataire en Ehpad. Le soir du 7 juillet, il a bu, sort de son appartement et tombe nez à nez avec un couple de voisins, accompagné d’un molosse. S’ensuit une altercation. Très vite, la police intervient et embarque Moha.

Il est environ 20h35 quand ils arrivent au commissariat de la rue Erik Satie. Moha est menotté par la main droite à un banc. « Ils prennent mon casier judiciaire et sortent toutes mes histoires. Ils se moquent, m’insultent et me provoquent. Un m’a dit : “Quand j’aurai fini de m’occuper de toi, ta mère ne te reconnaîtra pas”. » À chaque fois, Moha répond. À chaque fois, il se prend des gifles et des coups de poing dans la tête. Selon lui, huit policiers l’ont frappé. L’un d’eux lance : « Putain, j’ai envie de le tuer. »

Moha lui intime de venir. Le pandore s’approche et lui décoche à nouveau « trois violents coups de pied dans les côtes ». Les bleus trouvent également, grâce à ses antécédents judiciaires, le prénom de sa mère et l’utilisent pour le provoquer : « On va la faire tourner au commissariat cette salope. »

Cette dernière saillie met l’interpellé en rage. Il commence à insulter les pandores. Nouveaux coups. Un policier se place derrière lui et l’étrangle. Avec sa main gauche libre, Moha tente de desserrer l’étau. En réponse, un des agents lui attache sa main gauche avec une seconde paire de menottes. Il se retrouve donc assis, les bras écartés en position christique. C’est à ce moment que débute son véritable calvaire, dit-il. « Je me suis pris des coups de pied en plein dans le ventre et dans le thorax », se souvient Moha. « Beaucoup de coups » sur un homme entravé. Une situation qu’il associe à de la « torture ». D’après Moha, son supplice ne s’arrête qu’une heure plus tard, vers 21h30.

Le médecin aurait fait un faux

Quelques jours après les faits, il ressent encore des douleurs à chaque fois qu’il inspire ou qu’il bouge le bras. Et pour cause, une de ses côtes est fracturée d’après une radio effectuée mi-juillet. Un certificat médical que StreetPress a pu consulter en atteste.

Le soir de son interpellation, peu avant minuit, alors qu’il a déjà subi ce passage à tabac méthodique, un autre certificat médical assure pourtant sa compatibilité avec une garde à vue. Moha s’en étonne :

« J’ai dit au médecin qu’ils m’avaient frappé, pourquoi il n’a rien fait ? Pourquoi il n’a rien noté ? »

Moha est resté en prison jusqu’à la mi-août. Il a fini par être libéré pour une nullité de procédure. Il a, avec son avocat, déposé une plainte pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique.

Le calvaire de Moha n’a pas commencé à son arrivée au comico, mais quelques dizaines de minutes plus tôt. À 20h25, selon le PV, le gaillard est interpellé. Il est emmené au commissariat du 19ème arrondissement par trois fonctionnaires de la Brigade anti-criminalité (Bac). Alors qu’il est menotté à l’arrière du véhicule, les violences commencent. « Une fois, c’est celui de droite. Une fois, c’est celui de gauche. Je prends des coups de poing dans le ventre, des gifles », se remémore-t-il. Les premières insultes aussi :« Ils m’ont dit : “Sale bougnoule, retourne chez toi”. »

Lire la suite sur Streetpress, par Mathieu Molard et Christophe-Cécil Garnier


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